Gaël Charbau / Dans le cadre d'une invitation carte blanche / Cité des sciences et de l'industrie / 2017

Après avoir expérimenté l’espace en deux dimensions de la feuille et du dessin, Eva Medin s’est orientée vers des recherches sur le corps et sa projection dans l’espace scénique, en collaboration avec des chorégraphes, alors qu’elle était encore étudiante à l’école d’art de Monaco. Depuis la fin de ses études aux arts décoratifs à Paris, son travail s’est principalement concentré sur la création d’environnements et de parcours sensoriels immersifs. Beaucoup de ses œuvres s'inspirent des ambiances impressionnantes produites pour les films de science-fiction où le recours aux maquettes, au travail de la lumière et aux effets spéciaux est indispensable. Pour Science Actualités, Eva Medin a imaginé « Orbital Drama », une sculpture qui traduit cette inquiétude grandissante vis-à-vis des débris en orbite autour de la terre, véritables dangers pour les engins spatiaux opérationnels. Sur le modèle du mobile pour enfant qui rassure et apaise, celui que l'artiste propose est au contraire teinté d'ironie et d'inquiétude. Après avoir disséminé des déchets aux quatre coins de la planète, l'homme fait désormais planer la menace directement au-dessus de sa tête. Mais la fascination presque enfantine pour la conquête de l'espace reste entière : c'est le sens des divers objets hétéroclites qui composent l'installation, baignés par une lumière théâtrale qui projette leurs ombres fantasmatiques et menaçantes...
Parallèlement au mobile, l'artiste présente dans les vitrines des objets qui prolongent l'installation en remettant en scène des fragments qui la composent, comme si l'on focalisait notre regard sur la case d'une bande-dessinée, dont l'ensemble de l'installation serait la page. L'artiste en profite pour adresser un clin d'oeil aux nombreux objets que l'on peut découvrir à la cité des sciences et de l'industrie, qui finiront peut-être eux-mêmes un jour en orbite...

Gaël Charbau

Ingrid Luquet-Gad / Catalogue de la bourse Révélation Emerige 2017

En équilibre sur un fil qui relierait la vidéo et la sculpture, les installations immersives d’Eva Medin déploient l’imaginaire étrange et familier de lieux inscrits dans la mémoire collective. A la manière de Georges Perec déclarant écrire Espèces d’espaces comme le « journal d’un usager de l’espace », l’artiste brésilienne basée à Paris développe un univers sensoriel où l’observation de son environnement proche menace à tout moment de perdre pied et basculer dans une fiction hallucinée. De ses études conjointes en arts plastiques et en arts décoratifs lui est restée l’ouverture à la versatilité, travaillant selon une palette d’influences englobant aussi bien le théâtre, le cinéma ou la bande dessinée. Plus précisément, c’est à une narration séquentielle, telle qu’on la trouve dans la bande dessinée mais aussi dans le montage additionnel du cinéma, qu’elle arrime ses expérimentations spatiales. A l’intérieur d’une même installation, les différentes parties s’augmentent mutuellement, se répondent, se contredisent, se complètent – en un mot, construisent une séquence processuelle où le sens est toujours en transit. Chacun de ces environnements se donneraient alors plutôt à appréhender comme un parcours dans l’espace, où l’investissement du corps construit autant de signification possible qu’il y a de singularités l’éprouvant. De même, entre les différents projets de l’artistes se trame une chaîne ouverte et potentiellement infinie de réappropriations et de recontextualisation, où les décors d’une vidéo génèrent une installation, qui elle-même donnera naissance à un film. Pour Emerige, Eva Medin part également de l’espace qui l’accueille, prélevant dans l’architecture un élément bien précis : le patio. Là, dans ce motif connotant l’opulence sociale et sa mise en visibilité théâtrale, l’artiste trouve la qualité de signe lui permettant d’embrayer sur une extrapolation dramatique et fictionnelle. Brouillant les frontières entre intérieur et extérieur, perception et imagination, le motif du ciel artificiel, paysage de fumée et de lumière, réactive les croyances ancestrales à un au-delà, à moins qu’il ne s’agisse d’un déjà-vu provenant de films de science fiction iconiques. Qu’il soit mythique, divin, apocalyptique ou tout simplement artistique : peu importe la croyance, pourvu qu’il y ait le transport.


Eva Medin est née en 1988 à Rio de Janeiro. Diplômée du pavillon Bosio et de l’ENSAD Paris, elle recrée dans ses courts-métrages et ses installations des ambiances mystérieuses, des atmosphères éthérées qui évoquent souvent la possibilité de l’existence de mondes parallèles et la recherche effrénée d’une survie extraterrestre. Dans l’épaisse vapeur d’une nuée de gaz toxique verte ou bleu électrique, les mises en scène d’Eva Medin se déploient comme les témoignages d’un échec futur de la conquête spatiale. L'artiste souligne ainsi l'obsession insensée pour la quête d’un ailleurs où l’homme n’est peut-être pas fait pour aller. Une réflexion sur la survie de l’espèce pour le moins actuelle.

Emerige Mécénat / 2017

Née en 1988 à Rio de Janeiro, Eva Medin est diplômée du pavillon Bosio et de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Plasticienne et vidéaste, elle se consacre surtout à la réalisation de courts-métrages, d’installations lumineuses et de chorégraphies contemporaines. Jouant tour à tour sur les effets de son, de lumière et de spatialité, le travail d’Eva Medin témoigne souvent d’une ambiance sombre et mystérieuse aux contours futuristes, faisant directement écho aux émotions intérieures des spectateurs qui les contemplent. Influencée par Jacques Tati, Pierre Ardouvin ou encore Philippe Quesne, elle a notamment collaboré avec les chorégraphes Jean-Christophe Maillot, Jeroen Verbruggen et Mathilde Monnier. Eva Medin vit et travaille à Paris.

Emerige Mécénat / 2017


Tous Montreuil / Résidence au 116, Centre d'art contemporain de Montreuil / 2015


Ils ont entre six mois et 3 ans et démarrent leur vie à la Crèche sur le toit. Pendant  trois mois, ces tout-petits Montreuillois seront les acteurs d’un film, dans le rôle d'explorateurs des matériaux d'un décor ludique. Rencontre avec l'artiste Eva Medin, en résidence à la crèche et au centre d'art contemporain le 116. 

En résidence* au  centre d’art  contemporain Le116, Eva Medin  prépare depuis trois mois le tournage d’un docu-fiction qu’elle va réaliser avec les  enfants de la Crèche sur le toit.Décor, costumes, scénario, story-board  (plans du film image  par  image), musique, lumières, bruitages... ont été minutieusement  détaillés avant les séances du  tournage prévu jusqu’en juin, en  complicité avec l’équipe des professionnels de la Petite enfancede  la crèche. « Nous installons un  décor de vaisseau spatial, composéde  différents matériaux plastiques,des volumes comme des  petites  montagnes  de  mousse, des élémentsde décor, des portes magiques, desobjets, des accessoires, des costumes, des éclairages. Nous filmerons les réactions des enfants qui  souhaiteront participer aux jeux proposés dans cet univers , explique  Eva Medin, dessinatrice, scénographe et réalisatrice. Je suis partie de l’architecture du lieu, que je  trouve assez futuriste et qui renvoiepour  moi à des références cinématographiques comme Jacques Tati,Buster  Keaton ou  Charlie  Chaplin. » Formée aux Beaux-Arts et aux Arts décoratifs, cettejeune  plasticienne montreuilloise  s’est vu confier des scénographiespour des ballets par des chorégraphes et a déjà réalisé son pre-mier court-métrage, Le Roi nu.Pour elle, les différentes disciplines représentent «des formes  de langage où l’écriture évolue d’un  espace  de partage à l’autre ».

La trame d’un filmde science-fiction

Pour le scénario, « j’ai envisagé la  trame d’un film de science-fiction,car je me suis postée en observation  pendant plusieurs semaines à la  crèche et j’ai trouvé que les enfants  et  les adultes représentaient un peu deux planètes qui s’observent, note  Eva Medin. Pendant  que  lesadultes s’affairent à l’organisation,les tout-petits, avec leur esprit libre,pas encore normé, laissent place àleur imaginaire ». 

L’histoire  raconte la vie d’une petite communauté à bord d’une navette  (représentant le tuteur et lacrèche). Quand surgit un bouleversement entraînant un changement de rythme, un enchaînement de conséquences et de com-portements. « Une métaphore del’envol, du décollage, mentionneEva Medin. Certains vont peut-êtresortir  du vaisseau et partir à  la  découverte de nouveaux mondes.Ou pas. » Le décor se  déplaceradans plusieurs endroits de lacrèche, incitant les enfants qui le  choisissent à conquérir l’espace...« Nous allons construire la dramaturgie au fur et à mesure, tirer profit de se qui se passe avec unegrande part d’imprévu et des scènes  incontrôlables », précise Eva  Medin, qui a fait équipe avec unchef opérateur, une designer etun  compositeur. Des  projections  de ce film de vingt minutes, au  titre provisoire La Crèche sur le  toit, sont prévues fin juin à lacrèche et au 116. D’ici là, moteur... 

• Françoise Christmann 






ALIGRE FM, Viv(r)e le cinéma, 2014

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